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Peut-on licencier un salari\u00e9 en CDI sans motif ? Ce que dit vraiment la loi

DAIRIA Avocats · 28 mars 2026 · 4 min de lecture
Peut-on licencier un salari\u00e9 en CDI sans motif ? Ce que dit vraiment la loi

La question revient fr\u00e9quemment chez les dirigeants : peut-on se s\u00e9parer d’un salari\u00e9 en CDI sans avoir \u00e0 justifier d’un motif particulier ? La r\u00e9ponse est claire : en droit fran\u00e7ais, tout licenciement doit reposer sur une cause r\u00e9elle et s\u00e9rieuse. Voici ce qu’il faut savoir.

Le principe fondamental : la cause r\u00e9elle et s\u00e9rieuse

L’article L.1232-1 du Code du travail dispose que tout licenciement pour motif personnel doit \u00eatre justifi\u00e9 par une cause r\u00e9elle et s\u00e9rieuse. Ce principe, issu de la loi du 13 juillet 1973, constitue l’un des piliers du droit du travail fran\u00e7ais. La cause doit \u00eatre \u00e0 la fois r\u00e9elle (fond\u00e9e sur des faits objectifs et v\u00e9rifiables) et s\u00e9rieuse (suffisamment grave pour justifier la rupture du contrat).

Contrairement au syst\u00e8me anglo-saxon de l’\u00ab employment at will \u00bb, le droit fran\u00e7ais ne permet pas de rompre un CDI sans justification. L’employeur qui licencie sans motif s’expose \u00e0 des sanctions financi\u00e8res devant le Conseil de prud’hommes.

Les diff\u00e9rents motifs de licenciement admis

Le Code du travail distingue deux grandes cat\u00e9gories de licenciement :

  • Le licenciement pour motif personnel : faute simple, faute grave, faute lourde, insuffisance professionnelle, inaptitude physique, absences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d\u00e9sorganisant l’entreprise ;
  • Le licenciement pour motif \u00e9conomique : difficult\u00e9s \u00e9conomiques, mutations technologiques, r\u00e9organisation n\u00e9cessaire \u00e0 la sauvegarde de la comp\u00e9titivit\u00e9, cessation d’activit\u00e9 (article L.1233-3 du Code du travail).

Dans tous les cas, l’employeur doit \u00eatre en mesure de prouver le motif invoqu\u00e9. La charge de la preuve est partag\u00e9e devant le juge : le doute profite au salari\u00e9.

Que se passe-t-il en cas de licenciement sans motif ?

Un licenciement sans cause r\u00e9elle et s\u00e9rieuse ouvre droit \u00e0 des dommages-int\u00e9r\u00eats pour le salari\u00e9. Depuis les ordonnances Macron de 2017, l’article L.1235-3 du Code du travail fixe un bar\u00e8me d’indemnisation encadr\u00e9 selon l’anciennet\u00e9 du salari\u00e9 et la taille de l’entreprise. Pour une entreprise de plus de 11 salari\u00e9s, les indemnit\u00e9s oscillent entre 1 mois (pour 1 an d’anciennet\u00e9) et 20 mois de salaire brut (pour 29 ans et plus).

Mais attention : certains licenciements nuls \u00e9chappent au bar\u00e8me. C’est le cas des licenciements li\u00e9s \u00e0 une discrimination, un harc\u00e8lement, ou une atteinte \u00e0 une libert\u00e9 fondamentale. Dans ces situations, l’indemnit\u00e9 plancher est de 6 mois de salaire, sans plafond.

La p\u00e9riode d’essai : la seule exception

La seule p\u00e9riode durant laquelle l’employeur peut rompre le contrat sans justifier d’un motif est la p\u00e9riode d’essai. L’article L.1221-25 du Code du travail pr\u00e9voit que chaque partie peut mettre fin au contrat pendant l’essai, sous r\u00e9serve de respecter un d\u00e9lai de pr\u00e9venance. Cependant, m\u00eame pendant l’essai, la rupture ne doit pas \u00eatre abusive (motif discriminatoire, par exemple).

Les alternatives au licenciement sans motif

Plusieurs solutions permettent de se s\u00e9parer d’un salari\u00e9 sans motif classique de licenciement :

  • La rupture conventionnelle (articles L.1237-11 et suivants) : accord amiable entre les parties, homologu\u00e9 par la DREETS ;
  • La transaction : accord conclu apr\u00e8s la notification du licenciement pour \u00e9viter un contentieux ;
  • La n\u00e9gociation d’un d\u00e9part volontaire : dans le cadre d’un accord collectif.

La rupture conventionnelle reste la solution la plus utilis\u00e9e. En 2023, pr\u00e8s de 500 000 ruptures conventionnelles ont \u00e9t\u00e9 homologu\u00e9es en France, preuve de son succ\u00e8s comme mode de s\u00e9paration n\u00e9goci\u00e9.

Les risques concrets pour l’employeur

Un licenciement sans motif valable entra\u00eene plusieurs risques :

  • Condamnation au paiement de dommages-int\u00e9r\u00eats selon le bar\u00e8me Macron ;
  • Remboursement des allocations ch\u00f4mage \u00e0 France Travail (dans la limite de 6 mois d’indemnit\u00e9s) ;
  • Frais de proc\u00e9dure et d’avocat ;
  • Atteinte \u00e0 la r\u00e9putation de l’entreprise et impact sur le climat social interne.

Comment s\u00e9curiser un licenciement

Pour \u00e9viter tout risque de requalification, il est essentiel de :

  • Documenter pr\u00e9cis\u00e9ment les faits reproch\u00e9s (mails, comptes rendus, avertissements) ;
  • Respecter scrupuleusement la proc\u00e9dure (convocation \u00e0 l’entretien pr\u00e9alable, d\u00e9lais, notification motiv\u00e9e) ;
  • V\u00e9rifier que le motif invoqu\u00e9 est proportionn\u00e9 \u00e0 la sanction ;
  • Se faire accompagner par un professionnel du droit social.

En r\u00e9sum\u00e9, licencier un salari\u00e9 en CDI sans motif est ill\u00e9gal en France. L’employeur doit toujours disposer d’une cause r\u00e9elle et s\u00e9rieuse, ou privil\u00e9gier une rupture n\u00e9goci\u00e9e comme la rupture conventionnelle.

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