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Comment licencier un salarié en arrêt maladie : procédures légales et conditions

DAIRIA Avocats · 28 mars 2026 · 5 min de lecture
Comment licencier un salarié en arrêt maladie : procédures légales et conditions

Le licenciement d’un salarié en arrêt maladie constitue l’une des situations les plus délicates en droit du travail. Cette problématique nécessite une approche rigoureuse et une parfaite connaissance des dispositions légales pour éviter tout risque de contentieux. En tant qu’employeur, vous devez naviguer entre protection du salarié malade et légitimes intérêts de l’entreprise.

Le principe de protection du salarié en arrêt maladie

Le Code du travail protège spécifiquement les salariés en arrêt maladie contre les licenciements abusifs. Cette protection découle du principe général selon lequel l’état de santé ne peut constituer un motif de licenciement. L’article L1132-1 du Code du travail prohibe expressément toute discrimination fondée sur l’état de santé ou le handicap.

À retenir : Un arrêt maladie ne constitue jamais, en lui-même, un motif valable de licenciement. L’employeur doit démontrer l’existence d’un motif légitime et indépendant de l’état de santé du salarié.

Cette protection s’applique dès la déclaration de l’arrêt maladie et perdure pendant toute sa durée. Cependant, elle n’est pas absolue et certaines circonstances particulières peuvent justifier un licenciement, sous réserve de respecter une procédure stricte et de justifier de motifs légitimes.

Les motifs légitimes de licenciement pendant un arrêt maladie

Faute grave ou lourde du salarié

Le licenciement pour faute grave ou lourde demeure possible même pendant un arrêt maladie, conformément à l’article L1234-1 du Code du travail. La faute doit être indépendante de l’état de santé et suffisamment caractérisée pour justifier la rupture immédiate du contrat de travail.

Impossibilité de maintenir le contrat pour motif économique

Les licenciements économiques peuvent concerner les salariés en arrêt maladie, sous réserve de respecter la procédure prévue aux articles L1233-1 et suivants du Code du travail. L’employeur doit démontrer que les difficultés économiques sont réelles et que le licenciement s’inscrit dans une démarche objective de sauvegarde de l’entreprise.

Perturbation du fonctionnement de l’entreprise

La jurisprudence admet exceptionnellement le licenciement pour perturbation du fonctionnement de l’entreprise lorsque l’absence prolongée du salarié désorganise gravement l’activité et nécessite son remplacement définitif. Cette situation doit être appréciée au cas par cas et requiert la démonstration d’une réelle impossibilité de maintenir le contrat.

Attention : La simple gêne occasionnée par l’absence du salarié ne suffit pas. Il faut établir une perturbation grave et durable nécessitant un remplacement définitif.

La procédure de licenciement à respecter

Convocation à l’entretien préalable

Conformément à l’article L1232-2 du Code du travail, l’employeur doit convoquer le salarié à un entretien préalable par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Cette convocation doit respecter un délai de 5 jours ouvrables avant la tenue de l’entretien.

Déroulement de l’entretien préalable

L’entretien préalable permet à l’employeur d’exposer les motifs du licenciement envisagé et au salarié de présenter ses observations. Le salarié en arrêt maladie peut se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l’entreprise ou par un conseiller extérieur dans les entreprises dépourvues de représentants du personnel.

Notification du licenciement

La lettre de licenciement doit être envoyée au minimum 2 jours ouvrables après l’entretien préalable (7 jours pour un cadre). Elle doit préciser le ou les motifs du licenciement de manière claire et précise, conformément à l’article L1232-6 du Code du travail. Les motifs énoncés dans cette lettre fixent définitivement les limites du litige.

Les spécificités liées aux arrêts maladie professionnelle

Les salariés victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles bénéficient d’une protection renforcée durant leur arrêt et pendant les 4 semaines suivant leur retour, selon l’article L1226-13 du Code du travail. Le licenciement est alors suspendu sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident ou à la maladie.

Protection spéciale : Pour les accidents du travail et maladies professionnelles, l’employeur doit obtenir l’autorisation de l’inspecteur du travail avant tout licenciement, sauf cas de faute grave ou d’impossibilité de maintenir le contrat.

L’obligation de reclassement et d’adaptation du poste

Avant d’envisager un licenciement, l’employeur doit examiner les possibilités de reclassement du salarié, particulièrement en cas d’inaptitude constatée par le médecin du travail. L’article L1226-2 du Code du travail impose une obligation de reclassement sur un emploi approprié et aussi comparable que possible.

Recherche de reclassement

Cette recherche doit être loyale et sérieuse, en tenant compte des compétences, qualifications et aptitudes du salarié. L’employeur doit consulter les représentants du personnel et envisager des aménagements de poste, formations ou adaptations nécessaires.

Impossibilité de reclassement

Seule l’impossibilité avérée de reclassement peut justifier un licenciement pour inaptitude. L’employeur doit documenter ses recherches et démontrer qu’aucun poste compatible avec l’état de santé du salarié n’existe dans l’entreprise ou le groupe.

Les conséquences financières et les indemnités

Le licenciement d’un salarié en arrêt maladie peut générer des coûts significatifs selon les circonstances. Les indemnités varient en fonction du motif de licenciement et de l’ancienneté du salarié.

Licenciement pour motif personnel

En cas de licenciement non disciplinaire, le salarié a droit aux indemnités légales ou conventionnelles de licenciement, à l’indemnité compensatrice de préavis et aux congés payés. L’indemnité légale correspond à 1/4 de mois par année d’ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 au-delà.

Licenciement pour inaptitude

L’article L1226-14 du Code du travail prévoit une indemnité spéciale égale au double de l’indemnité légale de licenciement en cas d’inaptitude d’origine non professionnelle, et une indemnité au moins égale à celle prévue pour un accident du travail en cas d’inaptitude d’origine professionnelle.

Coût important : Un licenciement irrégulier peut exposer l’employeur au paiement de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, pouvant atteindre plusieurs mois de salaire.

Les risques juridiques et les bonnes pratiques

Le non-respect des procédures ou l’absence de motif légitime expose l’employeur à des sanctions importantes. La jurisprudence est particulièrement vigilante sur les licenciements intervenant pendant un arrêt maladie, présumés discriminatoires.

Documentation et traçabilité

Il est essentiel de documenter minutieusement toutes les démarches : tentatives de reclassement, recherches d’adaptation de poste, impacts de l’absence sur l’organisation. Cette documentation sera cruciale en cas de contentieux devant le conseil de prud’hommes.

Accompagnement juridique spécialisé

La complexité de ces situations impose un accompagnement juridique spécialisé pour sécuriser la procédure et minimiser les risques contentieux. Un avocat en droit social peut analyser la situation, conseiller sur la stratégie à adopter et assister l’employeur tout au long de la procédure.

Le licenciement d’un salarié en arrêt maladie demeure exceptionnel et strictement encadré. La réussite de cette démarche repose sur une approche méthodique, le respect scrupuleux des procédures légales et la démonstration d’un motif légitime indépendant de l’état de santé. Face à ces enjeux complexes, l’assistance d’un professionnel du droit social s’avère indispensable pour sécuriser vos décisions et protéger votre entreprise.

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