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Licenciement économique individuel : conditions, procédure et obligations de l’employeur

DAIRIA Avocats · 19 mai 2025 · 8 min de lecture
Licenciement économique individuel : conditions, procédure et obligations de l’employeur

Le licenciement pour motif économique est encadré par des dispositions légales parmi les plus protectrices du Code du travail. Défini par l’article L.1233-3, il se distingue fondamentalement du licenciement pour motif personnel en ce qu’il résulte de causes extérieures au salarié, liées à la situation économique de l’entreprise. Lorsqu’il est individuel, c’est-à-dire qu’il concerne un seul salarié, il obéit à une procédure spécifique impliquant une obligation de reclassement, la proposition d’un contrat de sécurisation professionnelle et le respect d’une priorité de réembauche. Cet article détaille l’ensemble des conditions et obligations que l’employeur doit respecter pour sécuriser un licenciement économique individuel.

La définition légale du motif économique

L’article L.1233-3 du Code du travail, dans sa rédaction issue de l’ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017, donne une définition précise du licenciement économique : « Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d’une suppression ou transformation d’emploi ou d’une modification, refusée par le salarié, d’un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment à des difficultés économiques, des mutations technologiques, une réorganisation de l’entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité, ou la cessation d’activité de l’entreprise. »

Les quatre causes économiques reconnues par la loi

Le Code du travail identifie quatre grandes catégories de motifs économiques pouvant justifier un licenciement :

Les difficultés économiques sont caractérisées soit par l’évolution significative d’au moins un indicateur économique tel qu’une baisse des commandes ou du chiffre d’affaires, des pertes d’exploitation, une dégradation de la trésorerie ou de l’excédent brut d’exploitation, soit par tout autre élément de nature à justifier de ces difficultés. L’article L.1233-3 précise les durées minimales de baisse du chiffre d’affaires ou des commandes selon la taille de l’entreprise : un trimestre pour les entreprises de moins de 11 salariés, deux trimestres consécutifs pour les entreprises de 11 à 49 salariés, trois trimestres consécutifs pour les entreprises de 50 à 299 salariés, et quatre trimestres consécutifs pour les entreprises de 300 salariés et plus.

Les mutations technologiques correspondent à l’introduction de nouvelles technologies ou de nouveaux procédés de fabrication rendant certains postes obsolètes. La réorganisation de l’entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité vise les situations où l’entreprise doit se restructurer pour éviter des difficultés économiques prévisibles. Enfin, la cessation d’activité de l’entreprise constitue en elle-même un motif économique, à condition qu’elle ne résulte pas d’une faute ou d’une légèreté blâmable de l’employeur.

Le périmètre d’appréciation du motif économique

L’article L.1233-3 du Code du travail précise que le secteur d’activité permettant d’apprécier la cause économique du licenciement est caractérisé notamment par la nature des produits, biens ou services délivrés, la clientèle ciblée, ainsi que les réseaux et modes de distribution. Depuis l’ordonnance de 2017, lorsque l’entreprise appartient à un groupe, les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité s’apprécient au niveau du secteur d’activité commun aux entreprises du groupe établies sur le territoire national.

L’obligation de reclassement : une condition préalable incontournable

L’article L.1233-4 du Code du travail impose à l’employeur, avant tout licenciement économique, de rechercher activement toutes les possibilités de reclassement du salarié. Cette obligation constitue l’un des piliers du droit du licenciement économique et son non-respect prive le licenciement de cause réelle et sérieuse.

Le reclassement doit être recherché sur un emploi relevant de la même catégorie que celui occupé par le salarié ou sur un emploi équivalent assorti d’une rémunération équivalente. À défaut, et sous réserve de l’accord exprès du salarié, le reclassement peut s’effectuer sur un emploi d’une catégorie inférieure. Les offres de reclassement proposées au salarié doivent être écrites, précises et individualisées, mentionnant notamment l’intitulé du poste, la rémunération, la localisation et les conditions de travail.

⚖️ Point important : Depuis l’ordonnance n° 2017-1387, le périmètre de l’obligation de reclassement est limité au territoire national. L’employeur n’est plus tenu de proposer des postes de reclassement à l’étranger, sauf si le salarié en fait la demande dans les conditions prévues par l’article L.1233-4-1 du Code du travail.

La procédure de licenciement économique individuel étape par étape

Étape 1 : la recherche de reclassement

Avant même d’engager la procédure de licenciement, l’employeur doit justifier avoir accompli des recherches effectives et sérieuses de reclassement au sein de l’entreprise et, le cas échéant, au sein du groupe auquel elle appartient. Ces recherches doivent être menées de manière individualisée, en tenant compte des compétences, de la formation et de l’expérience du salarié concerné.

Étape 2 : la convocation à l’entretien préalable

Conformément à l’article L.1233-11 du Code du travail, l’employeur doit convoquer le salarié à un entretien préalable par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. La convocation doit respecter un délai minimum de cinq jours ouvrables entre la réception de la lettre et la date de l’entretien. Elle doit mentionner l’objet de la convocation, la date, l’heure et le lieu de l’entretien, ainsi que la possibilité pour le salarié de se faire assister.

Étape 3 : l’entretien préalable

Au cours de l’entretien, l’employeur doit expliquer les motifs économiques de la décision envisagée, les recherches de reclassement effectuées et leurs résultats, ainsi que les conditions du contrat de sécurisation professionnelle (CSP) que le salarié pourra accepter. Il doit recueillir les observations du salarié et étudier toute proposition alternative que celui-ci pourrait formuler.

Étape 4 : la proposition du contrat de sécurisation professionnelle (CSP)

L’article L.1233-65 du Code du travail impose à l’employeur de proposer un contrat de sécurisation professionnelle (CSP) à tout salarié licencié pour motif économique dans une entreprise de moins de 1 000 salariés (ou appartenant à un groupe de moins de 1 000 salariés). Le CSP offre au salarié un accompagnement renforcé dans sa reconversion professionnelle, avec un maintien de rémunération supérieur à l’allocation chômage classique pendant douze mois.

Le salarié dispose d’un délai de réflexion de 21 jours pour accepter ou refuser le CSP. L’acceptation du CSP emporte rupture du contrat de travail d’un commun accord, mais le salarié conserve la possibilité de contester devant le conseil de prud’hommes le motif économique du licenciement dans un délai de douze mois.

Étape 5 : la notification du licenciement

Si le salarié refuse le CSP ou en l’absence de proposition obligatoire de CSP, l’employeur notifie le licenciement par lettre recommandée avec accusé de réception. Conformément à l’article L.1233-15 du Code du travail, cette notification ne peut être expédiée moins de sept jours ouvrables après la date de l’entretien préalable (quinze jours pour un cadre). La lettre de licenciement doit mentionner le motif économique précis, les efforts de reclassement entrepris, la priorité de réembauche et ses conditions de mise en oeuvre.

Les obligations post-licenciement : notification à l’administration et priorité de réembauche

L’article L.1233-19 du Code du travail impose à l’employeur d’informer la DREETS (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) dans les huit jours suivant l’envoi de la lettre de licenciement. Cette notification doit indiquer le nom et l’adresse de l’employeur, la nature de l’activité, l’effectif de l’entreprise, le nom, le prénom, la nationalité, la date de naissance, le sexe, l’adresse, l’emploi et la qualification du salarié licencié.

L’article L.1233-45 du Code du travail consacre la priorité de réembauche au profit du salarié licencié pour motif économique. Cette priorité s’exerce pendant une durée d’un an à compter de la date de rupture du contrat de travail, à condition que le salarié en fasse la demande dans ce délai. L’employeur doit informer le salarié de tout emploi devenu disponible et compatible avec sa qualification ou sa nouvelle qualification acquise après le licenciement.

Les indemnités dues au salarié licencié pour motif économique

Le salarié licencié pour motif économique a droit à plusieurs indemnités. L’indemnité légale de licenciement, prévue par l’article L.1234-9 du Code du travail, est fixée à un quart de mois de salaire par année d’ancienneté pour les dix premières années, puis un tiers de mois de salaire par année d’ancienneté au-delà. L’indemnité compensatrice de préavis est due si le salarié est dispensé d’exécuter son préavis. L’indemnité compensatrice de congés payés est due pour les congés acquis et non pris.

En cas d’acceptation du CSP, l’indemnité de préavis est versée à France Travail (ex-Pôle emploi) à hauteur de trois mois maximum, le solde éventuel étant versé au salarié. L’indemnité de licenciement reste intégralement due au salarié.

Les sanctions en cas de non-respect de la procédure

Le non-respect des conditions du licenciement économique expose l’employeur à de lourdes sanctions. Si le motif économique n’est pas établi, le licenciement est jugé sans cause réelle et sérieuse par le conseil de prud’hommes, ouvrant droit à une indemnité fixée selon le barème de l’article L.1235-3 du Code du travail (barème Macron). Si l’obligation de reclassement n’a pas été respectée, le licenciement est également dépourvu de cause réelle et sérieuse. Si la procédure est irrégulière (délais non respectés, absence de mention obligatoire dans la lettre de licenciement), le salarié peut obtenir une indemnité pour irrégularité de procédure.

⚖️ Barème Macron : L’indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse est encadrée par un plancher et un plafond fixés en fonction de l’ancienneté du salarié et de l’effectif de l’entreprise, conformément à l’article L.1235-3 du Code du travail issu de l’ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017.

Recommandations pratiques

L’employeur envisageant un licenciement économique individuel doit constituer un dossier solide justifiant la réalité du motif économique invoqué, avec des éléments chiffrés et objectifs. Il doit documenter toutes les démarches de reclassement effectuées et conserver les preuves de ses recherches. La rédaction de la lettre de licenciement mérite une attention particulière, car elle fixe les limites du litige en cas de contestation devant le juge prud’homal.

Le salarié licencié pour motif économique dispose de douze mois à compter de la notification du licenciement pour contester celui-ci devant le conseil de prud’hommes (article L.1235-7 du Code du travail). Il est conseillé de se rapprocher rapidement d’un avocat en droit du travail pour évaluer la solidité du motif économique invoqué et les éventuels manquements de l’employeur à ses obligations.

Sources juridiques : Articles L.1233-1 à L.1233-91, L.1234-9, L.1235-3, L.1235-7 du Code du travail ; Ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017.

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