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Inopposabilité de la décision AT/MP : les cas de contestation par l’employeur

DAIRIA Avocats · 25 juin 2025 · 3 min de lecture
Inopposabilité de la décision AT/MP : les cas de contestation par l’employeur

L’inopposabilité est un mécanisme puissant qui permet à l’employeur de faire retirer un sinistre AT/MP de son compte employeur, sans remettre en cause les droits du salarié. C’est un des leviers les plus efficaces pour optimiser le taux de cotisation.

1. Le mécanisme de l’inopposabilité

L’inopposabilité signifie que la décision de la CPAM de reconnaître le caractère professionnel d’un sinistre ne peut pas être opposée à l’employeur. Le salarié conserve ses droits, mais le sinistre est retiré du compte employeur. Le coût est alors supporté par la mutualisation nationale.

Jurisprudence récente : La Cour de cassation a confirmé le 26 juin 2025 (n°23-16.183) que l’inopposabilité à l’employeur de la décision de prise en charge ne fait pas obstacle à l’action récursoire de la caisse en cas de faute inexcusable.

2. Les cas d’inopposabilité procédurale

La majorité des inopposabilités résulte du non-respect par la CPAM de ses obligations :

  • Défaut d’information préalable : la CPAM n’a pas informé l’employeur de la possibilité de consulter le dossier (article R.441-14 CSS)
  • Non-respect du contradictoire : pas de questionnaire envoyé malgré des réserves motivées
  • Absence d’enquête : reconnaissance sans instruction alors que des réserves avaient été émises
  • Décision hors délai : non-respect des délais d’instruction sans information de l’employeur
  • Dossier non mis à disposition : avant la prise de décision

3. Les cas d’inopposabilité sur le fond

  • Absence de fait accidentel : pas d’événement soudain et daté
  • Absence de lien avec le travail : l’accident n’est pas survenu au temps et au lieu du travail
  • Cause totalement étrangère : preuve d’une origine non professionnelle
  • Non-respect des conditions du tableau : pour les maladies professionnelles

4. La procédure de contestation

  • Étape 1 : Saisine de la CRA de la CPAM dans les 2 mois suivant la notification
  • Étape 2 : En cas de rejet, saisine du tribunal judiciaire (pôle social) dans les 2 mois
  • Étape 3 : Appel, puis pourvoi en cassation si nécessaire

5. L’effet sur le compte employeur

Une fois l’inopposabilité prononcée définitivement, l’employeur doit transmettre la décision à la CARSAT pour retrait du sinistre, demander le recalcul du taux et solliciter le remboursement du trop-perçu. L’impact peut être rétroactif sur les trois années de la période de référence.

6. Cas pratiques d’inopposabilité

  • CPAM n’ayant pas envoyé le courrier de clôture → inopposabilité systématique
  • Dossier non mis à disposition → vice de procédure
  • Reconnaissance implicite sans enquête malgré des réserves → inopposabilité
  • MP hors tableau sans saisine du CRRMP → inopposabilité

7. Vigilance sur les délais

Le délai de 2 mois est un délai de forclusion : une fois expiré, toute contestation est irrecevable. Un système de suivi des notifications est indispensable. Le suivi en ligne du compte AT/MP sur net-entreprises.fr aide à détecter les nouvelles imputations.

8. Stratégie d’optimisation

  • Émettre systématiquement des réserves motivées quand justifié
  • Exercer le droit de consultation du dossier CPAM à chaque sinistre
  • Documenter tout manquement procédural de la CPAM
  • Respecter scrupuleusement les délais de contestation
  • Se faire accompagner pour les dossiers à enjeux financiers importants
Sources juridiques : Articles R.441-10 à R.441-14 CSS. Cass. 2e civ., 26 juin 2025, n°23-16.183. Cass. 2e civ., 12 février 2015, n°14-10.103.

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