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Forfait-jours et RTT : pourquoi pas de RTT en forfait-jours ?

DAIRIA Avocats · 25 mars 2026 · 7 min de lecture
Forfait-jours et RTT : pourquoi pas de RTT en forfait-jours ?

Forfait-jours et RTT : deux régimes distincts du temps de travail

La confusion entre forfait jours RTT génère régulièrement des incompréhensions dans les entreprises françaises. Pourtant, ces deux dispositifs relèvent de logiques différentes en matière d’organisation du temps de travail. Un salarié en forfait jours ne bénéficie pas de RTT, et cette distinction repose sur des fondements juridiques précis qu’il convient de clarifier pour éviter tout malentendu entre employeur et RTT forfait jours.

📌 À retenir : Forfait-jours et RTT sont deux systèmes incompatibles qui ne peuvent pas coexister pour un même salarié. Cette incompatibilité est structurelle et juridique.

Le forfait-jours : un décompte annuel en jours

Le forfait-jours constitue un mode d’aménagement du temps de travail prévu par le Code du travail article L3121-58. Ce dispositif s’adresse aux cadres et aux salariés disposant d’une autonomie dans l’organisation de leur emploi du temps.

Principe du décompte en jours

Contrairement au régime horaire classique, le temps de travail des salariés en forfait jours n’est pas mesuré en heures hebdomadaires mais en nombre de jours travaillés sur l’année. Le plafond annuel forfait jours s’établit généralement à 218 jours, bien que ce chiffre puisse varier selon les accords collectifs et forfait jours applicables dans l’entreprise.

Ce système repose sur trois éléments :

  • Un décompte annuel du temps de travail
  • Une autonomie du salarié en forfait jours dans l’organisation de ses journées
  • Un plafond de jours travaillés à respecter

Conditions de validité du forfait jours

La validité du forfait jours nécessite un cadre juridique strict. Sa mise en œuvre suppose :

  • L’existence d’un accord collectif d’entreprise ou de branche
  • La signature d’une convention individuelle de forfait avec le salarié
  • Le respect des garanties en matière de repos et de santé
  • Un suivi des temps de repos et de la charge de travail

Ces conditions garantissent la validité du forfait jours et protègent le droit à la déconnexion du salarié.

Les RTT : une compensation liée au dépassement horaire

Les RTT (Réduction du Temps de Travail) ou JRTT (Jours de Réduction du Temps de Travail) correspondent à une réalité différente. Ils s’inscrivent dans un système de décompte horaire du temps de travail.

Origine des RTT

Les RTT visent à compenser le temps de travail effectué au-delà de la durée légale de 35 heures hebdomadaires. Lorsqu’une entreprise applique un horaire collectif supérieur à cette durée légale, elle accorde des jours de repos pour ramener la moyenne annuelle à 35 heures. La planification des RTT relève alors de l’organisation collective du temps de travail.

Par exemple, un salarié travaillant 39 heures par semaine accumule des RTT qui compensent ces 4 heures supplémentaires hebdomadaires.

Logique de compensation horaire

Les RTT constituent donc l’équivalent d’heures supplémentaires compensées sous forme de repos. Leur existence présuppose :

  • Un décompte horaire du temps de travail
  • Un horaire collectif supérieur à 35 heures
  • Une compensation sous forme de jours de repos
  • Une proratisation des jours RTT en cas d’arrivée ou de départ en cours d’année

Pourquoi un salarié en forfait jours n’a pas de RTT

La réponse tient à l’incompatibilité des deux systèmes. Un salarié en forfait jours RTT n’existe pas juridiquement : ces deux notions s’excluent mutuellement. Le temps de travail d’un salarié en forfait jours n’étant pas comptabilisé en heures, il ne peut pas dépasser la durée légale hebdomadaire et ne peut donc pas générer de RTT.

Des modes de décompte incompatibles : différences RTT et forfait jours

Le forfait-jours repose sur un décompte annuel en jours, tandis que les RTT découlent d’un décompte hebdomadaire en heures. Ces deux logiques s’excluent mutuellement :

  • Le forfait-jours ne mesure pas les heures travaillées
  • Les RTT compensent des heures au-delà de 35 heures hebdomadaires
  • Sans décompte horaire, aucune heure supplémentaire ne peut être identifiée
  • Les différences RTT et forfait jours tiennent à cette incompatibilité structurelle

⚠️ Point juridique essentiel : Sans décompte horaire, il est impossible de constater un dépassement de la durée légale hebdomadaire. C’est pourquoi les RTT ne peuvent pas exister dans un système de forfait-jours.

Un régime autonome complet

Le forfait-jours constitue un régime autonome qui intègre déjà son propre mécanisme de limitation du temps de travail. Le plafond annuel forfait jours de 218 jours remplace la référence aux 35 heures hebdomadaires et aux RTT qui en découlent.

Les jours de repos forfait jours : un mécanisme spécifique

Si les salariés en forfait jours n’ont pas de RTT, ils bénéficient de jours de repos spécifiques, qu’il convient de ne pas confondre avec les RTT.

Nature et fonction des jours de repos

Ces jours de repos forfait jours servent à respecter le plafond annuel de jours travaillés. Ils n’ont pas vocation à compenser des heures supplémentaires, mais à garantir que le nombre de jours de travail effectif reste dans les limites fixées par l’accord collectif.

Calcul jours de repos forfait jours

La méthode classique consiste à partir du nombre de jours dans l’année civile, à soustraire ce qui n’est jamais travaillé (week-ends, jours fériés chômés, congés payés), puis à comparer le résultat au plafond de jours de travail du forfait. Si le nombre de jours « pouvant être travaillés » est supérieur au plafond (par exemple 227 jours pouvant être travaillés pour un plafond de 218), la différence correspond aux jours de repos du forfait (ici 9 jours). Cette méthode fonctionne pour un salarié au rythme standard du lundi au vendredi. Si vos salariés ont des plannings différents (ex. mardi–samedi), il est préférable d’ajuster pour ne compter que les jours fériés tombant effectivement un jour travaillé.

Voici un exemple de calcul pour 2026, avec un forfait de 218 jours et un salarié travaillant du lundi au vendredi, sur une base calendaire (données illustratives) :

Étape de calcul 2026

Jours calendaires en 2026 : 365

– Samedis et dimanches : 104

– Jours fériés chômés tombant en semaine : 9

– Congés payés légaux : 25

= Jours pouvant être travaillés : 227 jours théoriquement disponibles pour le travail

Plafond annuel de jours travaillés (forfait) : 218

= Jours de repos (forfait-jours) : 227 − 218 = 9 jours de repos du forfait à planifier

Le solde obtenu correspond aux jours de repos liés au forfait-jours. Ce nombre varie chaque année en fonction du calendrier et du nombre de jours fériés tombant en semaine. Cette méthode de calcul jours de repos forfait jours permet d’établir précisément la répartition des jours de repos sur l’année.

Différence entre RTT et jours de repos forfait jours

Contrairement aux RTT qui ont une valeur horaire et peuvent être valorisés financièrement, les jours de repos du forfait-jours :

  • N’ont pas de valeur pécuniaire intrinsèque
  • Servent uniquement à respecter le plafond annuel
  • Ne constituent pas une compensation d’heures supplémentaires
  • Ne donnent pas lieu à indemnisation pour jours non pris, sauf rachat encadré

Les risques pour l’employeur et RTT forfait jours

L’utilisation du terme « RTT » pour désigner les jours de repos d’un salarié en forfait jours présente des risques juridiques pour l’employeur.

Confusion et revendications salariales

Qualifier de « RTT » les jours de repos d’un forfait-jours peut entraîner des revendications de la part du salarié, qui pourrait légitimement considérer qu’il bénéficie du même régime que les salariés horaires. Il pourrait ainsi réclamer :

  • Le paiement des jours non pris
  • Le report automatique d’une année sur l’autre
  • Une valorisation financière équivalente aux heures supplémentaires
  • Une indemnisation pour jours non pris selon les règles applicables aux RTT

Risques contentieux

Cette confusion terminologique peut déboucher sur des contentieux devant le conseil de prud’hommes. Un salarié pourrait arguer que l’employeur a créé une ambiguïté sur le régime applicable, ouvrant la voie à des demandes de rappels de salaire ou de dommages et intérêts. L’impact des absences sur RTT diffère également selon le régime applicable.

Bonnes pratiques terminologiques

Pour éviter ces écueils, il convient d’adopter une terminologie précise :

  • Utiliser « jours de repos » ou « jours de repos forfait jours »
  • Proscrire les termes « RTT » ou « JRTT » dans les documents relatifs au forfait-jours
  • Former les équipes RH et les managers à cette distinction
  • Clarifier la différence RTT et forfait jours dans les communications internes

Peut-on racheter ou renoncer aux jours de repos forfait jours ?

La question du rachat des jours de repos se pose régulièrement, notamment en fin d’année lorsque des jours n’ont pas été pris.

Principe de non-valorisation financière

Par principe, les jours de repos liés au forfait-jours ne sont pas rémunérés s’ils ne sont pas pris. Ils n’ont pas de valeur pécuniaire autonome et servent uniquement à respecter le plafond annuel forfait jours.

Possibilité de rachat encadrée : renonciation jours de repos forfait jours

Le Code du travail autorise néanmoins, sous conditions strictes, la renonciation jours de repos forfait jours. Cette faculté nécessite :

  • Un accord collectif prévoyant expressément cette possibilité
  • Un avenant annuel au contrat de travail
  • Une majoration de salaire d’au moins 10 %
  • Le respect du plafond de 235 jours travaillés par an

Précautions à prendre

Le rachat de jours doit rester exceptionnel et encadré. Un rachat systématique ou mal organisé pourrait être contesté et conduire à une requalification du forfait-jours, avec les conséquences financières que cela implique. Cette renonciation jours de repos forfait jours ne doit jamais devenir la norme.

💡 Conseil pratique : Le rachat de jours de repos doit rester une exception. Un recours systématique peut être interprété comme un contournement des règles de protection du salarié et exposer l’employeur à une requalification du forfait.

Forfait jours cadres : spécificités et conditions

Le forfait jours cadre représente l’application la plus courante de ce dispositif. Les cadres autonomes constituent la catégorie principale de salariés concernés par ce régime.

Critères d’éligibilité

Pour qu’un forfait jours cadre soit valide, le salarié doit :

  • Disposer d’une réelle autonomie dans l’organisation de son temps de travail
  • Exercer des responsabilités et des fonctions de nature à justifier cette autonomie
  • Ne pas être soumis à un contrôle horaire strict

Garanties spécifiques

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