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Document unique (DUERP) : pourquoi c’est obligatoire et comment le rédiger simplement

DAIRIA Avocats · 28 avril 2025 · 5 min de lecture
Document unique (DUERP) : pourquoi c’est obligatoire et comment le rédiger simplement

Le DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels) est l’un des documents les plus méconnus et les plus négligés par les dirigeants de PME. Pourtant, il est obligatoire dès le premier salarié, et son absence peut coûter très cher en cas d’accident du travail ou de contrôle de l’inspection du travail. La bonne nouvelle : le rédiger n’est pas si compliqué quand on sait par où commencer.

Qu’est-ce que le DUERP et pourquoi est-il obligatoire ?

Le DUERP est un document dans lequel l’employeur recense l’ensemble des risques professionnels auxquels sont exposés ses salariés, les évalue, et définit les actions de prévention à mettre en oeuvre. Il est prévu par les articles R. 4121-1 et suivants du Code du travail.

Cette obligation existe depuis 2001 et concerne toutes les entreprises employant au moins un salarié, sans exception : artisans, commerçants, professions libérales, startups, PME industrielles, bureaux, commerces, restaurants…

Pourquoi cette obligation existe

L’employeur a une obligation générale de sécurité envers ses salariés (article L. 4121-1 du Code du travail). Le DUERP est l’outil qui concrétise cette obligation. Il transforme une obligation abstraite (« assurer la sécurité ») en une démarche structurée : identifier les risques, les évaluer, agir pour les réduire.

Que doit contenir le document unique ?

Le DUERP doit contenir trois éléments essentiels :

1. L’inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail. Une unité de travail correspond à un regroupement de salariés exposés aux mêmes risques (un atelier, un bureau, un magasin, un chantier…).

2. L’évaluation de chaque risque en fonction de sa probabilité d’occurrence et de sa gravité potentielle. Cette évaluation permet de hiérarchiser les risques et de prioriser les actions.

3. Les actions de prévention décidées par l’employeur pour supprimer ou réduire les risques. Depuis la loi du 2 août 2021, les entreprises de 50 salariés et plus doivent formaliser un programme annuel de prévention avec un calendrier de mise en oeuvre.

Pour les entreprises de moins de 50 salariés, la loi prévoit la définition d’actions de prévention et de protection, avec une liste actualisée.

Comment rédiger le DUERP étape par étape

Étape 1 : Identifier les unités de travail

Commencez par découper votre entreprise en unités de travail homogènes. Exemples :

– Un cabinet comptable de 10 personnes : une seule unité de travail (bureaux)
– Un restaurant : cuisine, salle, réserve, terrasse extérieure
– Une entreprise de BTP : bureau administratif, atelier, chantiers extérieurs

Étape 2 : Lister les risques pour chaque unité

Pour chaque unité de travail, passez en revue les familles de risques :

– Risques physiques : chutes de hauteur, chutes de plain-pied, bruit, vibrations, manutention manuelle
– Risques chimiques : produits dangereux, poussières, fumées
– Risques biologiques : exposition à des agents infectieux
– Risques psychosociaux : stress, surcharge de travail, harcèlement, isolement
– Risques liés à l’organisation : travail de nuit, travail isolé, déplacements professionnels
– Risques liés aux équipements : machines, outils, véhicules
– Risques d’incendie et d’explosion
– Risques électriques

Conseil : Ne vous limitez pas aux risques physiques évidents. Les risques psychosociaux (stress, harcèlement, surcharge) et les risques liés au travail sur écran (TMS, fatigue visuelle) concernent toutes les entreprises, y compris les bureaux.

Étape 3 : Évaluer chaque risque

Pour chaque risque identifié, évaluez deux paramètres :

– La gravité potentielle (bénigne, sérieuse, grave, très grave)
– La probabilité d’occurrence (rare, peu probable, probable, très probable)

Le croisement de ces deux paramètres donne un niveau de risque (faible, moyen, élevé, critique) qui permet de prioriser les actions.

Étape 4 : Définir les actions de prévention

Pour chaque risque significatif, définissez une action concrète :

– Quoi : description de l’action (formation, achat d’EPI, réorganisation, signalétique…)
– Qui : personne responsable de la mise en oeuvre
– Quand : délai de réalisation
– Suivi : indicateur de réalisation

Étape 5 : Formaliser et conserver

Le DUERP peut prendre la forme d’un document papier ou numérique. Il n’existe pas de format imposé. Un simple tableur structuré fait parfaitement l’affaire pour une PME.

Depuis le 1er juillet 2023, le DUERP et ses mises à jour doivent être déposés sur un portail numérique dédié (géré par les organisations patronales). Ce portail garantit la conservation et la mise à disposition du document. Pour les entreprises de moins de 150 salariés, cette obligation de dépôt dématérialisé entre en vigueur au plus tard le 1er juillet 2024.

La mise à jour : quand et comment ?

Le DUERP doit être mis à jour :

Au moins une fois par an pour les entreprises de 11 salariés et plus (facultatif pour les moins de 11 salariés depuis la loi du 2 août 2021)
À chaque modification significative des conditions de travail (nouveau process, nouvel équipement, déménagement, réorganisation)
Après chaque accident du travail ou maladie professionnelle
– Lorsqu’une information supplémentaire intéressant l’évaluation d’un risque est portée à la connaissance de l’employeur

Les versions successives du DUERP doivent être conservées pendant 40 ans à compter de leur élaboration. Cette durée exceptionnelle s’explique par le délai de latence de certaines maladies professionnelles.

Les sanctions en cas d’absence de DUERP

L’absence de DUERP est sanctionnée par une amende de 1 500 euros (3 000 euros en cas de récidive) pour le délit de non-transcription des résultats de l’évaluation des risques (contravention de 5e classe).

Mais le risque financier réel est bien plus élevé. En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, l’absence de DUERP constitue un élément déterminant pour établir la faute inexcusable de l’employeur. La faute inexcusable entraîne :

– La majoration de la rente versée au salarié victime
– Le versement de dommages et intérêts complémentaires pour les préjudices subis
– Le remboursement à la CPAM de la majoration de rente, avec possibilité de cotisation complémentaire

Cas concret : Un salarié chute dans un escalier glissant. Pas de DUERP, pas de signalétique, pas de traitement antidérapant. Le juge retient la faute inexcusable. L’employeur doit indemniser intégralement le salarié et rembourser la CPAM. La facture peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Qui peut vous aider ?

Vous n’êtes pas seul pour rédiger le DUERP. Plusieurs ressources sont disponibles :

– Votre service de prévention et de santé au travail (ex-médecine du travail) peut vous accompagner dans l’identification et l’évaluation des risques
– L’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) propose des outils gratuits et des fiches pratiques par secteur d’activité
– Votre CARSAT (Caisse d’Assurance Retraite et de Santé au Travail) régionale offre des aides financières et un accompagnement technique
– Les organisations patronales de votre branche proposent souvent des modèles de DUERP adaptés à votre secteur

Le DUERP n’est pas un document à rédiger une fois et à oublier dans un tiroir. C’est un outil vivant de prévention qui protège vos salariés et votre entreprise. Commencez simple, mettez à jour régulièrement, et impliquez vos collaborateurs dans la démarche. La prévention est toujours moins coûteuse que la réparation.

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